Deux projets concurrents

Certains dirigeants de la Troisième république estiment que la défaite lors de la guerre franco-allemande de 1870 est liée à la mauvaise condition physique des jeunes Français et l'éducation physique devient obligatoire à l'école primaire en 1882. Le commissaire général de l'Exposition universelle de 1900, Alfred Picard, propose d'y organiser des concours internationaux d'exercices physiques. Il reçoit l'accord du gouvernement pour inclure ces concours sportifs dans le programme de l'Exposition en novembre 1893 L'objectif est d'organiser des compétitions ouvertes au plus grand nombre pour promouvoir la pratique des exercices physiques dans le pays
En janvier 1894, Pierre de Coubertin rencontre Alfred Picard et lui annonce qu'il va proposer en juin de rétablir les Jeux olympiques et d'organiser la première édition à Paris. Il lui propose également de mettre en place une exposition consacrée à l'histoire des sports : « Le projet comportait l'édification dans l'enceinte de l'Exposition ou ses annexes d'une reconstitution de l'Altis d'Olympie. Dans l'intérieur des monuments eussent été groupés tous les objets et la documentation concernant les sports, aussi bien ceux de l'Antiquité que du Moyen Âge ou des temps modernes. » Picard ne donne pas de suite à cet entretien. Il crée la commission préparatoire aux Concours internationaux qui se réunit pour la première fois le 3 novembre 1894. Coubertin, qui a organisé les concours scolaires de l'Exposition de 1889, en a été nommé membre mais il ne participe pas aux réunions car il se trouve en Grèce pour préparer les Jeux de 1896. La commission établit un plan général des concours qu'elle publie en mai 1895. Selon ses mémoires, Coubertin a « compris qu'il n'y avait pour les Jeux olympiques, rien à attendre de M. Alfred Picard » et s'est « résolu à organiser les Jeux de 1900 en dehors de toute ingérence administrative par le moyen d'un comité privé ». En novembre 1897, après la parution de la classification générale de l'Exposition, il écrit une lettre au ministre du Commerce pour exprimer son inquiétude quant à la place du sport au sein de l’événement et Picard répond que « ni l'un ni l'autre des griefs articulés par M. de Coubertin ne sont fondés ». Coubertin estime que le projet de Picard « ne peut qu'échouer et, en tout cas, tant par le cadre choisi (Vincennes) que par la multitude des commissions et sous-commissions et l'énormité du programme (on y prétendait insérer le billard, la pêche à la ligne et les échecs), ce ne pourra être qu'une sorte de foire chaotique et vulgaire ».
Il met donc en place un comité d'organisation pour les Jeux olympiques composé notamment d'aristocrates et connu sous le nom de son président, le vicomte de La Rochefoucauld. L'intention de Coubertin est la suivante : « La foule aura les concours et les fêtes de l'Exposition et nous ferons, nous, des jeux pour l'élite : élite des concurrents, […] élite de spectateurs, gens du monde, diplomates, professeurs, généraux, membres de l'Institut » Le comité annonce à la presse en mai 1898 qu'il s'est formé « devant le mauvais vouloir et l'inertie des bureaux de l'Exposition » Coubertin obtient des promesses de soutien à Paris pour l'organisation et de participations d'athlètes étrangers. Le programme établi par son comité est basé sur celui des Jeux de 1896, avec l'addition de la boxe, du polo et du tir à l'arc et la suppression du tir. Publié en octobre 1898, il est jugé « mesquin et indigne de la nation » par Picard. En novembre, l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), dont Coubertin est le secrétaire général en titre, décide de ne pas soutenir le comité La Rochefoucauld qui « représentait la France démocratique et sportive d'une façon vraiment trop imparfaite » mais de se tenir à disposition de l'Exposition universelle pour contribuer à l'organisation de ses concours sportifs. En janvier 1899, les Concours internationaux physiques et de sports sont annoncés dans le Journal officiel avec une trentaine de disciplines qui seront disputées pour la plupart dans le bois de VincennesN 1 et l'organisation des jeux athlétiques est attribuée à l'USFSA. Daniel Mérillon, ancien député et président de l'Union française des sociétés de tir, est nommé délégué général pour les concours sportifs de l'Exposition universelle en février 1899. Coubertin tente de collaborer avec lui pour organiser les Jeux olympiques mais Picard, qui les qualifie d'« anachronisme », s'y oppose fermement. Avec ces difficultés et à la suite de « divergences de vue entre la presque unanimité du comité et M. Pierre de Coubertin », le vicomte de La Rochefoucauld et les autres membres du comité annoncent leur démission.
Isolé, Coubertin est obligé au printemps 1899 d'accepter le compromis que suggère l'USFSA : « Les concours de l'Exposition tiennent lieu de Jeux olympiques pour 1900 et comptent comme équivalent de la deuxième olympiade. » Malgré une organisation qu'il considère comme insuffisante (« rien ne sortait de terre… ni des bureaux, sinon des sous-commissions nouvelles et de copieux règlements ») et qui provoque l'inquiétude à l'étranger, Coubertin apporte ensuite son soutien aux concours de l'Exposition en tant que président du CIO : il écrit des articles dans les journaux étrangers, envoie des circulaires à ses collègues du CIO et fait également la promotion des concours lors d'un voyage en Europe du Nord. Alors qu'il souhaitait profiter de l'organisation simultanée de l'Exposition universelle et des Jeux olympiques pour augmenter l'impact de ces derniers, Coubertin doit finalement reconnaître des concours sportifs étalés sur cinq mois, ouverts aux professionnels et aux femmes, mais qui sont éclipsés par l'Exposition et qui ne sont pas nommés « Jeux olympiques » ni dans les documents officiels ni sur les affiches de promotion.